L'AVENIR DE L'UKRAINE





L’avenir de l’Ukraine est particulièrement important pour l’Europe, parce qu’il peut exercer une influence décisive sur l’avenir de la Russie et des pays voisins, mais aussi sur les relations entre l’Est et l’Ouest, sur l’élargissement de l’Union Européenne et ses relations avec d’autres pays de la région. C’est pourquoi il faut essayer de comprendre les problèmes de ce pays, son avenir et ses perspectives.

Le point de départ de toutes les réflexions c’est le 24 août 1991, c'est-à-dire la déclaration d’indépendance approuvée par 76% de la société. Toutes les démarches, plus ou moins importantes, entreprises après, n’étaient qu’une dérivée de ce choix décisif de l’Ukraine. L’année de 1991 n’a pas résolu tous les problèmes, cependant elle a mis en évidence le fait que c’était le moment pour l'Ukraine de définir sa propre identité langagière, culturelle, politique et internationale. "La révolution orange" est dévenue le symbole de la nouvelle orientation politique et de l’accélération de réformes.

Le bilan des possibilités et des menaces de l’Ukraine ”postrévolutionnaire“ s’est montré visible pendant les éléctions parlamentaires de mars et dans le processus de formation de la majorité parlamentaire. Le gouvernement, appui sur une large coalition, qui fonctionne depuis août donne les nouvelles possibilités à l'Ukraine. Parce que, si le premier ministre Ianoukovitch, obligé par les termes de l'accord de coalition, ne change pas d'orientation prooccidental du pays, on porrait espérer que cette orientation soit plus proche aussi aux habitants de l’est du pays.

La polarisation d’opinions, aussi bien sur la politique extérieure qu'intérieure, suit un schéma général : une partie occidentale tournée vers l’Europe contre une partie orientale tournée vers la Russie. Cette coupure entre les deux régions est fondée sur de profondes différences historiques, culturelles et identitaires. En Ukraine, il manque d’unité dans tous ces domaines, et la constitution d’une identité nationale et culturelle commune c’est un processus en cours. La langue ukrainienne – selon la constitution l’unique langue officielle en Ukraine – ne deviendra encore longtemps une langue courante dans les régions orientales du pays dominées par la langue russe. En plus, les tentatives de collectivités locales de formaliser le status quo, c’est-à-dire d’utiliser la langue russe comme langue de l’administration, provoquent les réactions nerveuses de Kiev qui y voit les échos du séparatisme, dont l’Est menacait pendant ”la révolution orange“. Cependant les élites intélectuelles de l’Ukraine se rendent compte que ce n’est pas la langue qui est la preuve de patriotisme. La manière d'interpréter l'histoire est radicalement différente, d’où vient le fait qu’on y honore les héros diamétralement opposés. La situation religieuse compliquée se caractérise par un conflit entre l’église orthodoxe de Kiev et celle de Moscou, utilisée en tant qu’instrument du jeu politique par la Russie. Le troisième vecteur de l’église orthodoxe – l’autocéphalie ukrainienne – s’oriente sur le patriarcat de Kiev. L’Ukraine occidentale c’est la base de l’église orthodoxe grecque, traditionnellement liée au mouvement national. Nous pouvons observer le rapprochement politique entre l’église orthodoxe de Kiev, l’autocéphalie et les uniates, mais au niveau religieux le conflit de l’église uniate avec l’église orthodoxe reste toujours vivant.

Un élément russe joue un rôle imortante dans tous les aspect du présent, de l’avenir et surtout du passé de l’Ukraine. Le conflit concernant le droit au nom d’héritier de la tradition de la Ruthénie et l’incapacité de plusieurs Russes à accepter la souveraineté de l’Ukraine le montrent bien. Plusieurs questions bilatérales qui ne sont pas encore réglées et les aspirations proeuropéennes et pro-OTAN de Kiev provoquent régulièrement les tensions. Une attitude négative de la Russie envers les changements démocratiques dans les pays de l’ancienne U.R.S.S. et envers une forme quelconque de la coopération entre ces pays, sans la participation de la Russie, est bien connue. A l’époque de la présidence de Leonid Koutchma on pouvait observer le balancement symptomatique entre la Russie et l’Ouest, qui, en général, consistait aux retours sous les ailes politiques et économiques de la Russie au moment de l’échec de la politique prooccidentale. La Russie recevait toujours l’Ukraine à bras ouverts ; tandis que l’Ouest, en déclarant son soutien pour les aspirations européennes de Kiev, n'a pas suffisamment réfléchi sur les causes des retours ukrainiens.

Aujourd’hui l’Ukraine définit clairement ses priorités, c’est pourquoi elle lutte sur trois fronts: pour la bienveillance de Bruxelles, pour une neutre compréhension de Moscou et pour la légitimisation de la politique prooccidentale par la société. Cela est d’autant plus difficile qu'il existe toujours la tentation de la politique multilatérale, c'est-à-dire de resserrer simultanément les liens politiques avec la Russie et avec l’Ouest.

Dès le moment de la déclaration d’indépendance, la Pologne a pris certains engagements. Il nous fallait beaucoup de temps pour apprendre à comprendre l'Ukraine. Les tentatives de combattre les spectres du passé, marqué plusieurs fois par un sanglant conflit polono-ukrainien, étaient les plus difficiles à réaliser. Le soutien de la société polonaise pour “la révolution orange” nous oblige à entreprendre les démarches nouvelles. Aujourd’hui elles ont un caractère éducatif : à l’Est nous enseignons les standards européens, à l’Ouest nous enseignons comment comprendre l’Ukraine et ses aspirations européennes.
Grzegorz Demel

LISTEN



Constantin Sigov - professeur de la philosophie à l'Academie de Mohyla à Kiev.

Constantin Sigov (mp3/5,67 MB)


Wolodymyr Horbowyj - Aa head of local council in Stary Sambor (Ukraine, close to Polish Border), well experienced in leading the cross-border cooperation with the Polish local governments and NGOs.

Wolodymyr Horbowyj (mp3/1,8 MB)-Ukrainian version only

The conversation with Wolodymyr Horbowyj - a summary: As the main problems of development of the cross-border cooperation leaded by local governments from the Polish-Ukrainian borderland Wolodymyr Horbowyj identified the handicaps with the border crossing and lack of financial means intended to the cooperation mentioned above. Joint activities are up to the European granting programs, which are often not very effective, because of lack of strict criteria of sharing money, which is being received rather by big administrative centres than the small borderland communities (e.g. “Neighbourhood Programme” - INTERREG III). That is the reason why cooperation between the administrative units from the both sides of the border is not permanent, hence the special programm destined only for the borderland areas is essential. The European visa regime is a strong problem as well. The corruption at the cross-border points is caused, among others, by the very complicated and not transparent regulations which should be changed and simplyfied by Brussel and Kiev. In Horbowyj’s opinion the competentional differences between the Polish and the Ukrainian local governments are not so important to be recognized as a problem. The western vector of Kiev foreign policy, in spite of the Ukrainian internal problems, must be supported by the EU, which should treat Ukraine as a serious and believeable partner.

Wolodymyr Horbowyj was interviewed by Grzegorz Demel, 27th June 2006. For these several weeks the Ukrainian political scene has changed and the parliamentary coalition mentioned in the interview does not exist anymore. Nevertheless, the compromis between Wiktor Yushchenko's and Wiktor Yanukowych's parties, which are the biggest political powers in the new coalition, gives hope, that the Maidan's vector of foreign policy is still current. What is more, the Regions Party always underlined the important role of local governments in internal and foreign policy.


historien britannique, écrivain et journaliste. Professeur aux universités aux Etats-Unis, au Canada, au Japon. Il se spécialise dans l’histoire de la Pologne. Les oeuvres principales : “Aigle blanc, étoile rouge. Guerre polono-soviétique 1919-1920”, “Jeu divin. L’histoire de la Pologne”, “L’Insurrection’ 44”.

prof. Norman Davis (mp3/3,6 MB) - English version only

L’interview avec Davis - résume: Résumé de l’interview : Prof. Norman Davis souligne trois choses. Tout d’abord, il montre le côté positif de l’intégration européenne. Cette intégration ne se passe pas seulement au niveau politique et économique. Ce qui apporte le véritable changement c’est le fait que différents pays apprennent à connaître les uns les autres. Ce qui autrefois était éloigné et exotique, aujourd’hui est accessible sans frais. Le point suivant concerne l'Ukraine. Sa situation est semblable à celle des pays de l'Europe de l'Est, intégrés à la Communauté il y a quelques années. Les Européens commencent à s'intéresser de plus en plus de l'Ukraine. « La révolution orange » en était le point tournant. Malheureusement la situation de la Biélarus est totalement différente. Tout d’abord le changement du régime politique, comparable à celui qui a eu lieu en Ukraine, est nécessaire pour que la Biélarus puisse s’ouvrir mentalement à l’Europe.


Jan Pieklo - journaliste, président de la Fondation PAUCI.

Jan Pieklo (mp3/7,91 MB) - English version only

L’interview avec Pieklo - résume: L’Ukraine a besoin de support sur trois niveaux : politique, économique et éducatif. L’intêret des Ukrainiens pour la démocratie, manifesté par la révolution orange vit le moment difficile, comparable à l'époque de la institutionalisation de la « Solidarnosc » en Pologne. La Pologne, avec ses expériences tellement proches à celles de l’Ukraine, peut aider l’Ukraine à surmonter ces difficultés politiques. Quant aux problemes économiques, la coopération des pays européens est nécessaire. Le Triangle de Weimar peut jouer un rôle important. La sécurité énergétique est très importante : la Pologne et l’Ukraine ce sont des pays de transit entre la Russie et l’UE. Elles doivent coopérer de plus près. L’Ukraine a besoin aussi de l’aide au niveau de l’éducation. Il y a une forte nécessité du développement de la société civile, de la reforme du système de l’éducation, mais aussi de la formation et de l’augmentation de qualifications des cadres professionnelles qui gouvernent et administrent le pays.