L'AFFAIRE DES CARICATURES DE MAHOMET





Nous vous présentons deux articles publiés dans "Tygodnik Powszechny" (de Piotr Klodkowski i Krzysztof Sliwinski), leurs interviews, un article de Stefan Bratkowski de "Rzeczpospolita", ainsi que les interviews d’un Tatare, d’un Kurde et d’un Juif polonais, puis l’interview d’une traductrice danoise, d’un évęque iraquien et d’un diplomate polonais.

Nous voudrions regarder le «problème des caricatures» des différents points de vues et recenser des diverses projets d’actions. Rien que ce petit échantillon d’opinions démontre la complexité de la situation, empęche une schématisation et une généralisation. Il indique également la nécessité de la liberté de la parole et de la responsabilité par rapport à elle.

Je ne cache pas que mon plus grand souci et l’action contre l’escalade des conflits. La publication des caricatures fut un excellent cadeau fait aux terroristes et à leurs sympathisants – elle leur a donné une occasion inouïe de convaincre les musulmans que le monde européen méprise le monde arabe, ou plus généralement le monde musulman, et qu’il faut s’y opposer avec toute sa force. Dans cette « sainte guerre » on terrorise męme les musulmans qui n’en veulent point de cette guerre, et qui non seulement condamnent le terrorisme mais ne considèrent męme pas les terroristes comme musulmans (personnellement je pense qu’ils sont plus proches de Satan que d’une quelquonque religion), mais qui ne peuvent pas ne pas défendre le Prophète.

Nous observons ainsi une spirale de haine et de violence soutenue - volontairement ou non – par les médias amoureux de ce genre de scènes qui masquent la raison et la bonne volonté.

L’éclatement de la guerre des caricatures a fait immédiatement se tourner ma pensée vers Nazareth: « Que se passe-t-il dans l’école musulmane - chrétienne du Père Emile Shoufani, qui collabore d’ailleurs avec une école juive de Jérusalem – ces efforts de plusieurs années no vont-ils pas ętre gâchés?

Heureusement j’ai pu enfin le joindre et me rassurer – tout va bien, l’école fonctionne normalement. Emile est « increvable », il va travailler pour le dialogue et la collaboration, męme si les résultats de ce travail ne devraient ętre visibles que dans 150 ans.

Malgré les apparences la Pologne peut y jouer un rôle important – mon interlocuteur tatare, le professeur Selim Chazbijewicz, le co-président du Conseil Polonais Commun des Catholiques et des Musulmans voudrait l’élargir sur toute l’Europe. Pourquoi pas ? Bien sûr, rien ne se fait en un jour mais il faut poursuivre nos actions dans cette direction, en développant un dialogue « pratique » entre les chrétiens et les musulmans. Il est d’une importance fondamentale, alors ne soyons pas découragés par les difficultés.

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Mgr Matran Rabban - Evęque chaldéen en Iraq.

Mgr Matran Rabban (mp3/2,29 MB)


Justin Welby - Pasteur anglican parle de Niger.

Justin Welby (mp3/4,47 MB)


Jonathan Webber - Théologien juif de l’Université de Birmingham.

Jonathan Webber (mp3/6,35 MB)


Selim Chazbijewicz - Professeur de L’université de Warmie et Mazurie, président de l’Association des Tatares Polonais. L’imam de la communauté musulmane de Gdansk jusqu’au 2003, coprésident du Conseil Polonais Commun des Catholiques et des Musulmans.

Selim Chazbijewicz (mp3/1,8 MB)- version polonaise

L’interview avec Chazbijewicz - résume: La publication des caricatures de Mahomet (en Pologne dans un journal) a provoqué, évidemment, un conflit inévitable, bien que ce ne soit pas un conflit des civilisations, mais plutôt des systèmes de valeurs. Les prévisions à court terme ne sont pas bonnes, mais tôt ou tard, leur fusion est nécessaire. En pologne ce conflit était léger et ne durait pas longtemps. Maintenant il faut, d’autant plus, développer le dialogue. Nous avons le Conseil Commun des Catholiques et des Musulmans. Il fallait bien l’élargir à toute l’Europe, créer un système d’échange des informations et de coordination de certaines actions.


Janina Katz - Ecrivain danois, lauréate des prestigieux prix danois en littérature, traductrice de la poésie de Miłosz, Szymborska, Herbert, Lipska, Różewicz, et de la prose de Konwicki et Mrożek. Originaire de Cracovie.

Janina Katz (mp3/4,2 MB)- version polonaise

L’interview avec Janina Katz - résume: Après la publication des caricatures de Mahomet et les protestations contre ces caricatures, nous avons en Danemark une grande diversité d'attitudes, liées d’habitude aux positions politiques : les uns condamnent la publication des caricatures, les autres condamnent ceux qui flagornent les terroristes et subissent une pression, ce qui a de mauvaises conséquences. Il y en a d'autres qui rejettent la faute sur le gouvernement ou sur le Parti Populaire, qui critique violemment les musulmans de Danemark, en leur reprochant un mauvais travail et une grande criminalité. Il y en a enfin ceux, qui pensent qu’il est bon que tout cela s'est passé, parce que maintenant les attitudes et les divisions sont claires. Il faut aussi noter la création d’une organisation des musulmans démocrates, qui vise un accord. On a créé aussi une formation des musulmans modérés, mais elle se livre à la propagande musulmane, et présente des troubles et des meurtres en tant que “diplomatie”. Le bruit médiatique autour de cette affaire est insupportable. Il semble que les auteurs de la publication de ces caricatures n’ont pas prévu une telle suite d’événements, ils voulaient examiner la réaction à la publication des caricatures, mais ils ne pouvaient imaginer ni telle violence ni le fait que certains musulmans danois mèneraient une action anti-danoise et anti-européenne dans les pays musulmans. Il est très difficil de prévoir le cours des événements – ici nous avons affaire avec un élément qui est imprévisible. Il ne faut pas insulter et il ne faut pas céder à la pression... Les démocrates musulmans donnent quelques espérances – c’est avec eux qu’il faut développer le dialogue.


Ziyad Raoof - Président des Démocrates Iraquiens, chargé d’affaire du Gouvernement Régional du Kurdistan, membre du Conseil Polono-Arabe du Business.

Ziyad Raoof (mp3/3,2 MB)- version polonaise

L’interview avec Ziyad Raoof - résume: La publication de ces caricatures a causé beaucoup de dégâts très difficiles à réparer. Sans doute, elles n’étaient pas tout à fait spontanées, il y avait certains gens qui tenaient à amener un conflit violent. Ce qui n’est pas difficile à faire – le monde musulman c’est une bombe à retardement. Le retour à la normalité sera beaucoup plus difficile. On ne peut pas, bien sûr, accuser les pays européens d’avoir publié ces caricatures. Il faut aussi prendre en considération le fait qu’un nombre considérable de musulmans africains ou asiatiques ont fuit leurs pays justement parce qu’il n’y avait pas de liberté de la parole ni de liberté de croyance, et parce qu’il y avait la dictature ou le totalitarisme (qui dure parfois męme jusqu'à aujourd'hui). Ils cherchaient du secours dans la civilisation européenne. L’hostilité envers l’Europe resulte plutôt du manque de savoir. Qu’est-ce qu’on peut et doit faire? Développer le dialogue partout où c’est possible. Selon moi les excuses des rédacteurs pour la publication des caricatures sont suffisantes. Jusqu’à présent on n’a pas fait beaucoup dans le domaine. Je seconde les propositions de prof. Chazbijewicz, plus il y a de lieux de dialogue, mieux cela vaut. En plus, il faut chercher des causes plus profondes de ces conflits. Il ne faut pas oublier que dans les pays musulmans on ne publie pas de caricatures mais on tue les gens. Il y a quelque force obscure qui le fait. Pourtant la coexistence pacifique est possible dont le meilleur exemple est le Kurdistan irakien.


Krzysztof Sliwinski - Docteur en biologie. A vécu plusieurs années en Afrique, dans les années 2000-04 travailla comme ambassadeur de Pologne en République d’Afrique du Sud. Militant de l’opposition démocratique et collaborateur de « Tygodnik Powszechny » et de « Znak ».

Krzysztof Sliwinski (mp3/4,5 MB)- version polonaise

L’interview avec Krzysztof Sliwinski - résume: Le conflit est sévère et il ne faut pas l'enflammer, au contraire il faut garder le calme et la patience, apaiser les conflits et tenter une médiation. Quand les émotions s’apaiseront on pourrait commencer une discussion plus profonde. Ce conflit ne présente pas un caractère religieux – il s’agit ici surtout de la moquerie, de l’humiliation. La moquerie préméditée, c’est-à-dire la provocation. Il ne faut pas oublier qu'on n’obtiendra pas une coexistence pacifique grâce à une séparation de différents groupes – le monde est déjà męlé, nous pouvons donc choisir la confrontation ou le dialogue. Il faut chercher les solutions de compromis, c'est-à-dire chercher des adeptes de diffrentes religions qui pensent de la męme manière, faire la connaissance des autres. Il faut aussi faire des gestes symboliques, comme l’avait fait Jean Paul II en embrassant le Coran. Il ne faut pas oublier non plus, que les musulmans modérés se sentent offensés quand on les idéntifie aux fondamentalistes ou aux terroristes. C’est l’identité des adeptes de différentes religions qui devrait ętre le sujet principal de ce dialogue, non pas la théologie, mais justement l’identité, tellement importante à l'époque du pluralisme.


Stefan Bratkowski - Publiciste, feuilletoniste, le président d’honneur de l’Assossiation des Journalistes Polonais.

Stefan Bratkowski (mp3/4,6 MB)- version polonaise

L’interview avec Bratkowski - résume: Les Tartares habitent sur le territoire de l’ancien Grand-Duché de Lituanie et de la Pologne, au moins depuis cinq siècles - il est possible qu'ils sont venus de Crimée. Progressivement ils se déplacaient de l’Est à l’Ouest. Ils embrassaient la culture polonaise, mais en majorité restaient musulmans. Il n’y a pas de traces de persécutions ni d'hostilité – au contraire, les liaisons avec les Tartares étaient souvent très bien vues. Beaucoup de Tartares recevaient des blasons des familles nobles polonaises. Maintes personnes fameuses, appartenantes au milieu d’intellectuels d’aujourd’hui, ont des origines tartares. Les Tartares polonais peuvent jouer un rôle important dans le dialogue chrétieno-musulman. Donc, il faut soutenir l’idée d’élargissement du Conseil Commun des Catholiques et des Musulmans aux autres pays européens.


P. Michal Czajkowski - Professeur de la théologie, ancien co-président du Conseil Polonais des Chrétiens et des Juifs.

Ks. Michal Czajkowski (mp3/3 MB)- version polonaise

L’interview avec Michal Czajkowski - résume: Le Conseil Internatonal des Chrétiens et des Juifs (ICCJ) s’occupe de dialogue trilatéral depuis des années, et le Conseil Polonais s’intéresse aussi à l’islam. Les Tartares polonais peuvent y jouer un rôle important. Nous ne pouvons pas oublier que l’islam ne doit pas ętre intolérant par sa nature. Il faut se souvenir de l'ancienne, grande culture des pays musulmans mais aussi des saints et des martyrs musulmans. “La Journée du Judaisme”, célébrée par l'Eglise Catholique, devrait avoir un caractère plus chrétien, plus oecuménique, de męme que “la Journée de l’Islam”. Il faut les propager dans les paroises. En plus, il faut parler du dialogue religieux pendant la catéchèse enseignée dans les écoles publiques. En Pologne, nous n’avons pas fait beaucoup dans le cadre du dialogue théologique et religieux. Evidemment, nous avons besoin de rencontres trilatérales et de congrès sérieux.


Stanislaw Krajewski - Professeur de L’Université de Varsovie, co-président du Conseil Polonais des Chrétiens et des Juifs, ancien membre de la régie du Conseil International des Chrétiens et des Juifs, un des signataires de "Dabru emet".

Stanislaw Krajewski (mp3/3,57 MB)

L’interview avec Krajewski - résume: La situation est très difficile, tendue. Mais il existe toujours des institutions, des organisations ou des groupes qui font un travail constructif, qui essaient de développer le dialogue et la coopération, d'apaiser les conflits. En Israël, il y a une fédération de ces organisations qui en réunit 70. Leur travail est difficile et on n’en parle pas beaucoup - des manifestations et des meurtres sont beaucoup plus “médiatiques”- mais ces organisations sont importantes et il faut les encourager, parce que c’est notre avenir. Il y a beaucoup de milieux musulmans prompts à la coopération, il faut les montrer. Des conférences et des colloques importants, faciles à présenter dans les médias sont aussi organisés. Nous devons aussi tenir aux “évènements médiatiques” positifs, qui puissent attirer l’attention d’un grand public, surtout des jeunes.


Maciej Kozlowski - Ancien ministre des affaires étrangères et ambassadeur de Pologne en Israël; Il a travaillé dans le Département américain du Ministère des affaires étrangères de Pologne.

Maciej Kozlowski (mp3/2,17 MB)- version polonaise

Interview avec Maciej Kozlowski – résumé: Maciej Kozlowski du Ministère des affaires étrangères, chargé des relations avec la Diaspora juive, a visité les Etats-Unis, ainsi que David Peleg, ambassadeur d’Israël en Pologne. Pendant ce voyage une rencontre des leaders du Polish American Congress récemment élus avec des représentants du Comité des Juifs Américains de Chicago a été arrangée. C’était la première rencontre des représentants de ces deux organisations depuis 25 ans. Durant cette rencontre une idée de visites collectives de jeunes leaders polonais et jufs des Etats-Unis en Pologne et en Israël a été conçue. Cette initiative a pour but de rompre un isolement actuel, d’apprendre à connaître les uns les autres, de comprendre les différences de sensibilité et de savoir. La première visite sera rendue cette année. On pense aussi aux autres initiatives dont certaines seront réalisées, comme par exemple le Musée de l'histoire de Juifs polonais à Varsovie.


Zdzislaw Bielecki - coprésident du Conseil Polonais Commun des Catholiques et des Musulmans, président de la fondation The Work of Restore Love

Zdzislaw Bielecki (mp3/5,08 MB)- version polonaise.

Interview avec Zdzislaw Bielecki – résumé: En Pologne il y a beaucoup d’organisations qui s’occupent du dialogue interreligieux. Ce qui y manque c’est une coopération et un soutien du gouvernement. Z Bielecki est un membre du Abrahamic Forum où des Juifs, des chrétiens et des musulmans travaillent ensemble. Cependant on a besoin d’une structure plus large, comptant plus de religions. Pendant son voyage à Tchetchenia Bielecki, président de la fondation The Work of Restore Love a rencontré des musulmans. Ce voyage faisait partie d’une action de l’aide humanitaire pour les habitants de Grozny. En tant que responsable du convoi il a insisté pour qu’une aide soit passée directement aux Tchetchenes en qui il avait confiance et qui l’avaient protégé quand il était interrogé par le KGB (le Comité pour la Sécurité de l'État). Un jour son collaborateur Mullah Achmed voulait faire ses prières. Bielecki priait à côté de lui. Plus tard Mullah lui avait dit: “Tu avais prié juste comme nous le faisons, de tout ton coeur, tu serais un bon musulman”. Bielecki lui a repondu : ”J’ai vu aussi comme tu avais prié, tu serais un bon chrétien, mais que chacun reste avec sa propre religion“. Cet événement est devenu une impulsion pour la création du Conseil Polonais Commun des Catholiques et des Musulmans.

Translation into English: Tomasz Lem